Numérique m’a tuer…

Au Havre, la fermeture du magasin, les Docks Music, secoue le monde du rock

Vendredi 12 septembre 2014, le magasin de musique du Havre, Docks Music, ferme définitivement ses portes. Sur la toile, les musiciens du Havre lui rendent un dernier hommage.

12/09/2014 à 18:08 par Karine Lebrun

Le magasin Docks Music, créé en 1977, ferme ses portes, vendredi 14 septembre au soir (©D.R.).
Le magasin Docks Music, créé en 1977, ferme ses portes, vendredi 12 septembre 2014, au soir (©D.R.).

Sur la page Facebook de Rock in le Havre, les commentaires se multiplient depuis la publication de ce post, en tout début de semaine. Un post qui annonce la fermeture de ce magasin spécialisé dans la location/vente d’instruments, vendredi 12 septembre :

C’est avec une grande tristesse que je viens d’apprendre la fermeture définitive prochaine de Docks Music/Glévarec Musique.
 Une partie de l’âme du rock du Havre disparaît avec cette enseigne emblématique. »

Pendant plus de 30 ans, cette enseigne a accueilli des générations de musiciens en quête du bon instrument, du bon accessoire, pour pouvoir s’adonner pleinement à leur passion. Partitions, batteries, amplis…tout y était. Son fondateur, André Glévarec, témoigne.

37 ans de « services »

À la création du magasin, j’ai développé immédiatement la notion de services. Glévarec Musique, c’était son nom à l’époque, était un magasin de vente d’instruments. Mais la clientèle pouvait trouver ici un service de location de matériel pour les concerts tout comme un service de location/test de pianos. Ce qui assurait aux familles qui n’avaient pas forcément les moyens d’acquérir cet instrument, de pouvoir tout de même en jouer. Pendant 30 ans, nous avons été les seuls à proposer cet avantage. »

Cours de la République, l’enseigne s’est vite fait un nom. « Une institution havraise de la musique ! », témoigne Yves, sur Rock in Le Havre. Les musiciens, qu’ils soient de formation classique ou moderne, trouvaient dans ce lieu, tout ce qui pouvait être utile à leur progression : « Ma première batterie. Une pensée particulière pour Éric », commente encore Aldéric sur Facebook. Le magasin est ainsi devenu le partenaire incontournable des particuliers, mais aussi des écoles et centres de formations de musique havrais. « En 2002, Glévarec Musique a remporté l’appel d’offres européen lancé par le Conservatoire Arthur Honegger pour l’équipement complet de ses tout nouveaux locaux, cours de la République. Nous lui avions fourni 46 pianos », souligne le professionnel.

Deux fidèles reprennent le flambeau

C’est en 2003 qu’André Glévarec a cédé une partie de son affaire à Éric Sergaut et Morgan Ripaud, deux de ses vendeurs (Glévarec Musique en comptait six). En 2005, André Glévarec quittait définitivement les locaux, l’intégralité de l’enseigne maintenant dans les mains de ses collaborateurs. Docks Music naissait.
Neuf ans après ce rachat, l’institution musicale havraise ferme ses portes. « C’est dommage. C’était une affaire bien organisée, qui marchait très bien », regrette aujourd’hui son fondateur: « La faute à la crise, à Internet, aux travaux du tramway ? C’est peut-être le croisement de tous ces éléments qui lui aura été fatal »

Les travaux du tramway nous ont plongés dans le gouffre », confirme Éric Sergaut. Docks Music comptait quatre salariés.

Fermeture définitive, vendredi soir

Les musiciens du Havre, qui ont, pour beaucoup, acheté leur premier instrument à Docks Music, font part aujourd’hui de leur immense tristesse. Vendredi 12 septembre, ils seront nombreux probablement à venir faire leurs adieux à Docks Music ainsi qu’à toute son équipe, constituée de fidèles de l’aventure de l’enseigne.

Karine Lebrun
journaliste à Le Havre Infos

Musique de fin à Manhattan

Le lieu a accueilli des générations de virtuoses, à la recherche de partitions de Stravinsky ou de Beethoven. Des musiciens connus tels que le pianiste Emanuel Ax et la violoniste Pamela Frank étaient des habitués. Vendredi 6 mars, Frank Music Company, le dernier magasin de partitions de musique classique new-yorkais, fermera définitivement ses portes, après soixante-dix-huit ans d’existence.

Lors de son âge d’or, la célèbre institution, sise sur la 54e rue, entre Broadway et la 8e avenue, accueillait quinze à vingt clients par jour, se souvient sa propriétaire, Heidi Rogers, dans les colonnes du Wall Street Journal. « Aujourd’hui ils sont deux ou trois », constate-t-elle avec amertume. « Je suis passée du sentiment d’être au centre du monde à celui de devenir invisible », déplore la sexagénaire, qui a acquis le lieu en 1978.

Cela faisait plusieurs années que la survie de Frank Music était menacée par la concurrence de la vente en ligne. En 2007 déjà, dans un article consacré au magasin, le New York Times relevait que seule une demi-douzaine de boutiques de musique étaient encore ouvertes à Manhattan, contre quasiment une centaine en 1947. Signe des temps, l’an dernier, le dernier magasin new-yorkais disposant d’un rayon de CD de musique classique, J&R Music and Computer World, mettait déjà la clé sous la porte.

Seul motif de consolation pour les mélomanes : grâce à un généreux anonyme, le fond de Frank Music, composé de centaines de milliers de partitions, a été racheté et confié à un conservatoire de musique de Los Angeles.

Colony : le temple de la musique

La boutique Colony est une véritable institution new-yorkaise. Située à deux pas de Times Square, elle propose depuis des décennies une collection incroyable de disques et CD, souvent introuvables ailleurs.

La boutique Colony, dont le vrai nom est Colony Records, est située au 1619 Broadway, au coin de la 49ème rue . Sa création remonte à 1948. La boutique, fondée par deux partenaires, Harold S. “Nappy” Grossbardt et son acolyte Sidney Turk, se trouvait initialement située sur Broadway également, mais un peu plus au nord, au niveau de la 52ème rue.

Dès les débuts, Colony est réputée pour la qualité de sa sélection de disques 78 puis 33 tours, et ses partitions. C’était une des seules boutique de musique du quartier des théâtres qui ne fermait pas la nuit, ce qui était très apprécié des musiciens et noctambules.

En 1970, Colony déménage à son adresse actuelle, au rez de chaussée du Brill Building, un petit bâtiment de 11 étages construit en 1931 et qui abritait au départ un magasin de vêtements fondé par les frères Brill. Durant la crise de 1929, la magasin de vêtements dût faire face à des difficultés économiques qui obligèrent ses propriétaires à sous-louer les étages à des éditeurs de musique.

En 1962, le bâtiment a herbergé  jusqu’à 165 sociétés dont l’activité tournait autour de la musique : éditeurs de disques, petits studios d’enregistrement, bureaux de sociétés d’auteurs de chansons, producteurs… Les labels bien connus des amateurs de jazz et musique soul, comme Hill & Range, Arc Music ont eu des bureaux dans le Brill Building, ainsi que les auteurs/compositeurs Neil Diamond, Burt Bacharach, et même Mort Schuman. De fait, le magasin Colony était le lieu d’où les éditeurs des étages supérieurs diffusaient leur partitions.

Dionne Warwick y a enregistré « Don’t Make Me Over » dans les années 60, ainsi que les Drifters « This Magic Moment ». Les spécialistes apprécieront ! Dans les années 70, Colony Records était le repère des stars de la pop music, comme Elton John, Mick Jagger, Michael Jackson, Frank Sinatra, Miles Davis, Jimmy Hendricks, John Lennon…

De la splendeur du Brill il ne reste presque que la superbe porte en laiton de style néogothique, qui vaut le coup d’oeil (juste à coté de l’entrée du magasin, plus haut dans Broadway). Quoi qu’il en soit, le magasin Colony Records vaut le détour, même aujourd’hui, ne serait-ce que pour prendre une bonne bouffée d’air des sixties.

La magasin est désuet pour ne pas dire usé jusqu’à la corde. Aucun effort de décoration, c’est un vaste bazar. Au rez de chaussée on trouve surtout les partitions de musique, du classique au hip-hop, en passant par le jazz, et surtout, c’est la réputation du magasin dans le monde entier, par les partition des comédies musicales de Broadway.

Je doute que vous trouviez au monde un endroit où il y a autant de partitions. Si vous êtes perdu(e), demandez de l’aide aux vendeurs, ce sont des encyclopédies de la musique vivantes qui ne demandent qu’à vous renseigner, même s’ils ont un peu l’air bourrus. Ce qu’ils adorent surtout ce sont les demandes extravagantes de raretés. Parce qu’ils ont à peu près tout en stock, au point que le symbole du magasin est une jeune fille qui tend un disque au bout des bras en s’exclamant « I Found It! » (« je l’ai trouvé ! »).

A coté des partitions, qui est l’attraction principale, près de l’entrée, se trouve disques vinyles, 33 tours et 45 tours, pratiquement que des « collectors », et les CD. Idem : vous demandez aux vendeurs (qui ne sont pas tout jeunes, mais ceci explique cela…), et ils vous amènent directement au disque que vous cherchez depuis 10 ans ou plus.

Les disques les plus rares sont sous clé, ou enfouis dans une pile qui parait rangée de manière aléatoire, mais qui en fait procède d’un classement assez mystérieux. Et il faut vous dire que le rez-de chaussée n’est que la partie visible, « grand public » du magasin qui a des stocks invraisemblables dans les étages, avec des disques empilées partout, dans des cartons éventrés, dans des rayonnages si rapprochés qu’on passe entre eux avec peine.

Coté prix, ce n’est en général pas vraiment bon marché : Colony n’est pas un soldeur, mais plutôt un sanctuaire musical. Si vous cherchez quelque chose de rare, ça n’a pas de prix et Colony le sait.

Autre motif de visite : les vitrines situées tout au fond du magasin. A cet endroit, vous entrez dans un véritable petit musée de la musique pop. Les vitrines sont remplies de programmes de concerts mythiques, jouets anciens à l’effigie de chanteurs, des objets collectors,  des posters rares, des figurines…

Une des vitrines est particulièrement réputée, celle des tickets de concerts. Certains collectionneurs n’hésitent pas à compléter leur collection en acquérant quelques tickets provenant d’ici pour des fortunes !

Colony vient de fêter ses soixante années d’existence. Le magasin appartient toujours à la familleTurk, son propriétaire actuel est Richard Turk qui essaye tant bien que mal de faire perdurer la tradition. Car Colony vit ses années les plus dures actuellement, à une période où Internet et le téléchargement, légal ou non, a profondément transformé le marché de la musique.

Un conseil : à votre prochain passage à New York, précipitez-vous pour rendre visite à Colony Records. On ne sait jamais, vous pourriez rater de rencontrer Steve, Warren, Shorty, les merveilleux vendeurs du magasin !

//////////////////// mise à jour :24/08/2012 :

Mauvaises nouvelles pour Colony Records : le propriétaire du magasin vient d’annoncer dans une interview du New York Times qu’il jette l’éponge. Beaucoup de personnes visitent le magasin comme un musée, mais n’achètent plus de disques. Le magasin est fortement déficitaire, les client se tournant de plus en plus vers les distributeurs de musique numérisée en ligne comme iTunes ou Amazon. Les ours sont donc comptés pour Colony Records, et une fermeture définitive est annoncée officiellement pour la fin de 2012. Mauvaise nouvelle pour tous les musiciens.

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